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Sankara : 39 ans après, quel héritage pour la jeunesse africaine ?

Ce jeudi 15 octobre, le Burkina Faso a honoré la mémoire de Thomas Sankara lors d’une cérémonie officielle au mémorial qui porte son nom, à Ouagadougou. Mais son héritage n’appartient plus aux seuls Burkinabè. Devenu une icône pour des millions de jeunes, en Afrique et au-delà, l’ancien président laisse des leçons précieuses, plus de trois décennies après son assassinat.

LLa Rédaction 15 Octobre 2026 4 min de lecture 34 vues
Photo : Tafkir Media

L’histoire, on la connait. Tant elle est bien documentée. Le 15 octobre 1987, vers 16 heures, des tirs éclatent devant le Conseil de l’Entente, à Ouagadougou. À l’intérieur, Thomas Sankara réunit six collaborateurs, vêtu d’une tenue de sport rouge. Un commando de militaires vient d’abattre ses gardes du corps. Selon l’unique survivant, Alouna Traoré, le président se lève et dit « restez, restez, ne bougez pas, c’est de moi qu’ils ont besoin. » Les mains en l’air, il sort le premier. Il est abattu sur le perron.

Il avait 37 ans. Le soir même, la radio annonce sa « démission ». Quelques jours plus tard, un certificat de décès évoque une mort naturelle. Lui et ses compagnons sont enterrés à la hâte, de nuit, au cimetière de Dagnoen. Les assassins voulaient effacer l’homme. Trente-neuf ans plus tard, son nom circule toujours, de Ouagadougou à Dakar, de Kinshasa à N’Djamena.

Une justice tardive

Treize hommes sont morts ce jour-là. Il aura fallu trente-cinq ans pour que la justice se prononce. Le 6 avril 2022, le tribunal militaire de Ouagadougou a rendu son verdict dans le procès de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses douze compagnons. Trois hommes ont été condamnés à la prison à vie. L’ancien président Blaise Compaoré, jugé par contumace et exilé en Côte d’Ivoire, a été reconnu coupable d’attentat à la sûreté de l’État et de complicité d’assassinat. Le général Gilbert Diendéré, présent au procès, a été condamné pour les mêmes faits. Hyacinthe Kafando, présumé chef du commando, a été reconnu coupable d’attentat à la sûreté de l’État et d’assassinat, lui aussi en son absence, car en fuite. La justice a mis du temps, mais la mémoire, elle, n’a jamais attendu.

Une Afrique debout

Arrivé au pouvoir en 1983, Sankara rebaptise en 1984 la Haute-Volta. Désormais, le pays s’appelle le Burkina Faso, « terre des hommes intègres ». Le nom dit déjà un projet. Il refuse la tutelle des puissances étrangères et appelle les Africains à compter d’abord sur eux-mêmes. À la tribune de l’Organisation de l’unité africaine, en 1987, il plaide pour que le continent refuse de payer une dette qu’il juge injuste. Son mot d’ordre est simple. Il faut consommer ce que l’on produit, porter ce que l’on tisse.

Un pouvoir qui sert

Le président vend la flotte de voitures de luxe de l’État, réduit les salaires des ministres et leur impose des Renault 5. Il vit modestement et prêche l’exemple. Pour lui, l’intégrité n’est pas une vertu privée mais une méthode de gouvernance. En quatre ans, son pouvoir lance des campagnes massives de vaccination, d’alphabétisation et de reboisement.

Sankara ne cherchait pas à s’enrichir. Il avait une seule obsession, voir son pays grand et fort dans le concert des nations.

Pour la cause des femmes

Sankara est l’un des rares chefs d’État africains de son époque à faire de l’émancipation des femmes une priorité. Il nomme des femmes au gouvernement, combat l’excision et les mariages forcés, et appelle les Burkinabè à partager les tâches domestiques. Il disait que la révolution ne pouvait réussir sans elles.

Ce que la jeunesse retient, et ce qu’elle doit questionner

Aujourd’hui, Sankara est partout : sur des t-shirts, dans les chansons, sur les réseaux sociaux. Mais l’icône ne doit pas faire oublier l’homme et son bilan. Ses détracteurs rappellent la dureté de son régime, la dissolution de contre-pouvoirs et les atteintes aux libertés. Son héritage ne se résume pas à une posture de rupture. Il tient dans trois exigences que la jeunesse peut reprendre à son compte : la dignité, l’intégrité et le courage d’inventer son propre avenir.

La jeunesse africaine s’inspire aujourd’hui de l’histoire de Sankara pour s’affranchir de l’impérialisme et du néocolonialisme. Mais l’insoumission ne rime pas avec la dépendance. On ne peut pas lever le poing pour réclamer la souveraineté, tout en tendant la main pour quémander une aide alimentaire, s’endetter sans mesure ou chercher un emploi ailleurs. Comme Sankara, la jeunesse africaine doit se prendre en main.