Dans un communiqué publié le mardi 27 octobre, le gouvernement nigérien affirme qu'une frappe de drone, partie du territoire tchadien avec l'appui de la France, a visé la zone d'Émiloulou, dans la région d'Agadez, vers 1 h du matin. Il fait état de deux civils tués, de plusieurs blessés et de véhicules endommagés. Se disant en possession d' « éléments matériels et techniques concordants », Niamey annonce la convocation de l'ambassadeur du Tchad, la saisine du Conseil de sécurité de l'ONU et du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine, une demande d'enquête internationale indépendante et le renforcement de la surveillance de son espace aérien.
Le texte accuse aussi le Tchad d'offrir depuis des mois une « profondeur stratégique » à des mercenaires s'attaquant aux populations et aux infrastructures énergétiques nigériennes. Niamey invoque son droit à la légitime défense, tout en assurant ne pas chercher l'affrontement et en distinguant le « peuple frère du Tchad » de ses dirigeants.
Une tension qui date de fin août
Ces accusations s'inscrivent dans un climat dégradé depuis les événements de la nuit du 28 au 29 août. Une faction mutinée de l'armée nigérienne avait alors tenté un coup de force contre le général Abdourahamane Tiani à Niamey, avec des combats près de l'aéroport, du palais présidentiel et du siège de la télévision nationale, et la tentative a échoué. Un officier nigérien a ensuite affirmé à la télévision nationale que des officiers tchadiens auraient soutenu les mutins, évoquant un projet de renforts transitant par le Tchad. Le gouvernement nigérien, lui, avait accusé la France d'être derrière ces événements, sans citer le Tchad. N'Djaména avait rejeté ces accusations et, selon son communiqué, choisi de ne pas alimenter la polémique.
La réponse de N'Djaména
Le gouvernement tchadien a répondu le jour même, par un communiqué du ministre de la Communication et porte-parole, Gassim Chérif Mahamat ce mardi 27 octobre. Il affirme n'avoir « aucunement ordonné, conduit ou soutenu » d'opération aérienne contre le Niger, et dément tout concours d'une autre puissance. Il rejette l'idée d'une « profondeur stratégique » offerte à des mercenaires, parle d'imputations sans valeur probante et refuse d'être érigé en bouc émissaire des difficultés sécuritaires internes du Niger.
N'Djaména demande que Niamey présente publiquement ses éléments et souscrit à une enquête internationale indépendante. Il affirme avoir signalé à plusieurs reprises, au cours des quatre dernières années, la présence de groupes rebelles tchadiens sur le sol nigérien, sans démenti formel. Il évoque aussi un militaire tchadien déserteur, passé récemment au Niger avec une importante quantité d'armes, sans que les armes, le véhicule ou le déserteur lui aient été remis. Le gouvernement se dit ouvert à un échange direct sur des faits établis, mais refuse la banalisation d'accusations portant atteinte à son honneur et à sa souveraineté. Il prend acte de la convocation de son ambassadeur.
L'intérêt de la paix
Les deux capitales réclament une enquête internationale indépendante. C'est le seul point sur lequel elles se rejoignent, et peut-être la porte de sortie. Car le Tchad et le Niger ont tout à perdre d'une escalade. Ils partagent une longue frontière longue de plus de 1700 km, des liens historiques et des communautés présentes des deux côtés. Le commerce les relie aussi, notamment pour le carburant que le Tchad importe couvrir son marché national.
Dans un contexte où le recours à la force semble souvent l'emporter sur le droit, les pays du Sahel ont intérêt à faire bloc et à coordonner leur sécurité plutôt qu'à se soupçonner mutuellement. Les groupes armés, eux, prospèrent sur les frontières mal contrôlées et les méfiances entre voisins.