Le 3 octobre, une délégation gouvernementale conduite par le vice-premier ministre Limane Mahamat, chargé de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, arrivait dans la sous-préfecture de Miski. L’objectif étant de sécuriser les sites d’orpaillage et rappeler une fois de plus que « nul ne peut se prévaloir d’un contrôle sur une portion du territoire national. Et que la restauration et l’instauration de l’autorité de l’Etat sont non négociables et primordiales ». Il a rencontré les mouvements signataires des accords de paix, en présence de la ministre des Mines, du Pétrole et de la Géologie, de représentants de la Médiature et des facilitateurs. Les parties avaient alors réaffirmé leur volonté de poursuivre le processus.
Neuf jours plus tard, le ton change. Le 13 octobre, le Comité d’autodéfense de Miski dénonce « des tirs à l’arme lourde effectués le 12 par des éléments de la brigade minière dans des zones habitées ». Il y voit des actes d’intimidation et réclame le retrait du coordonnateur de la brigade, conformément, dit-il, aux engagements pris le 3 octobre.
Se renvoyant les incriminations, l’état-major général des armées affirme pour sa part le 14 octobre, que la brigade minière a été attaquée dans sa position par le comité. Le bilan est de deux officiers tués et neuf blessés. L’armée invoque le respect de l’accord du 20 avril 2025 et somme le groupe de déposer les armes, faute de quoi « l’inobservation de cet ordre sera considérée comme un acte de rébellion »
Des acteurs armés qui se multiplient
Près de dix-huit mois après l’accord du 20 avril 2025, chaque camp s’en réclame, mais pas pour les mêmes obligations. Le comité exige le retrait du coordonnateur de la brigade et la suspension des activités minières. L’armée met en avant la sécurisation des sites aurifères et le désarmement du comité. Entre les deux, l’or de Miski reste au cœur du différend.
Mais le risque dépasse le seul face-à-face de Miski. Pour Dr. Ahmat Yacoub Dabio, président du Centre d’étude pour le développement et la prévention de l’extrémisme, la situation se complique d’autant plus que d’autres groupes armés sont présents dans la zone. « Dans cette même région, un mouvement politico-militaire se réclamant du MDJT aurait annoncé son apparition, alors que deux autres mouvements, le FACT et le CCMSR, sont également présents dans la zone. Cette multiplication des acteurs armés accroît les risques d’escalade et complique davantage les perspectives d’une solution pacifique. »
Les cadres du Tibesti recommandent un cadre permanent de dialogue
Les cadres de la province du Tibesti ont à leur tour élevé la voix dans un appel relatif à la situation de Miski ce 19 octobre. Au nom de leur double qualité de serviteurs de l’État et d’enfants de la province, ils jugent que « se taire en pareille circonstance est inacceptable ». Leur communiqué évoque, pour le 14 octobre, la perte de compatriotes « de chaque côté », alors que le seul bilan chiffré rendu public, celui de l’état-major, ne fait état que de pertes militaires.
Ils réclament la cessation immédiate des hostilités et exhortent les deux parties à renoncer à toute action armée. Les affrontements de 2018 à 2020, d’octobre 2025 puis d’aujourd’hui, rappellent-ils, n’ont apporté aucune réponse à la question de la gestion des ressources aurifères. Ils ont au contraire différé le retour de l’administration, de l’école et des services de santé dans le département d’Emi-Koussi. Les signataires condamnent aussi les discours de division qui circulent sur les réseaux sociaux.
Les cadres demandent l’application intégrale de l’accord signé à Bardaï le 20 avril 2025. Si l’autorité de l’État « ne saurait faire l’objet d’aucun compromis », écrivent-ils, elle conditionne aussi une exploitation ordonnée du sous-sol au bénéfice des populations locales et de la nation. Il revient, selon eux, au comité d’honorer sa signature et au gouvernement de tenir ses engagements.
Outre la demande d’arrêter les combats, ils recommandent la création d’un cadre permanent de concertation pour la paix au Tibesti, en lien avec la commission de suivi du Médiateur. Il réunirait autorités administratives et coutumières, élus, cadres, représentants de la jeunesse, des femmes et de la société civile. Sa mission, établir un diagnostic partagé des causes de la crise, formuler des propositions sur l’application du code minier et la formalisation du secteur minier, suivre la mise en œuvre de l’accord de Bardaï et informer les populations pour prévenir les fausses rumeurs.
L’appel du Médiateur à la réconciliation
C’est dans ce contexte que la Médiature de la République s’est également exprimée à travers un communiqué ce 19 octobre. Elle se dit préoccupée par l’évolution de la situation à Miski, déplore les pertes en vies humaines et adresse ses condoléances aux familles. « Une mort de plus est une mort de trop », écrit-elle. Elle exhorte les acteurs à la retenue afin de préserver les acquis du processus de paix et d’éviter de nouvelles souffrances aux populations. Elle salue l’engagement des forces de défense et de sécurité et rappelle que la paix repose sur le respect des engagements pris et sur le dialogue.
Le Médiateur, Saleh Kebzabo, insiste sur la question des ressources naturelles. Cette richesse, écrit-il, doit profiter à l’ensemble du peuple et « ne saurait devenir une malédiction », source de conflits récurrents, de violences et de pertes en vies humaines. Fidèle à sa mission, la Médiature se dit disponible pour accompagner les démarches de dialogue, de rapprochement et de concertation, afin de consolider les accords conclus et de favoriser leur mise en œuvre.