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Sécurité routière : pas de police, pas de casque

À N'Djaména, les motocyclistes continuent de rouler tête nue. Annoncée en avril dernier par la mairie centrale et le ministère de la Sécurité publique, l'obligation du casque n'a pas, à ce jour, changé les habitudes. Il suffit d'observer les carrefours pour le constater.

LLa Rédaction 28 Octobre 2026 4 min de lecture 213 vues
Sécurité routière : pas de police, pas de casque

Le 7 avril dernier, la mairie de N'Djaména accordait 60 jours aux conducteurs de mototaxis, taxis et mini-bus pour se conformer à la nouvelle réglementation définie par l'arrêté conjoint n° 01/PR/PM/MTACMN/MSPI/2025. Elle prévoyait l'agrément, l'identification auprès du Comité multisectoriel de pilotage du transport urbain (CMPTU), la peinture réglementaire et le casque pour les mototaxis. Passé ce délai, des forces mixtes devaient contrôler et sanctionner. Le 29 avril, le ministre de la Sécurité publique et le maire présentaient le dispositif, avec sensibilisation, subvention des casques et période d'adaptation.  Le 7 juin, le CMPTU avait tenu un point de presse pour dire que le casque homologué ne serait pas obligatoire immédiatement et ferait l'objet d'une concertation. Près de sept mois plus tard, force est de constater que la mesure n'aura été qu'un feu de paille.

Or, le casque n'est pas un simple accessoire dans une ville où tout concourt à l'accident. Les vitesses sont parfois folles, voire suicidaires. Les feux sont régulièrement ignorés. Les nids-de-poule piègent les deux-roues, la poussière réduit la visibilité et l'éclairage est faible la nuit. Dans ces conditions, protéger sa tête ne relève pas de la coquetterie, mais de la survie. Les chiffres du ministère de la Santé le confirment : les traumatismes crâniens représentent 21 % des accidents de moto dans la capitale. Plus grave, les lésions cérébrales sont responsables de près de 70 % des décès de motocyclistes dans ces accidents. Autrement dit, c'est la tête qui tue, et le casque est précisément fait pour la protéger.

Le prix, un faux débat

L'argument du coût existe, mais il mérite d'être interrogé. Une exonération sur l'importation des casques pour les deux-roues est prévue depuis la loi de finances 2024, censée les rendre plus accessibles. Et même s'ils coûtaient plus cher, ne vaut-il pas mieux payer un casque que risquer un traumatisme crânien mortel ?

Au Bénin, le casque est devenu un réflexe. Obligatoire depuis août 2014, la mesure y a été, dans l'ensemble, respectée par la population, et à Cotonou, les conducteurs de mototaxis refusent même de transporter un client sans casque. Au Burkina Faso, le chemin est plus récent. Le pays a mis fin à la tolérance au 1er octobre 2026. Moins d'un mois plus tard, la mesure y est globalement respectée en journée dans le centre-ville, même si la vigilance baisse la nuit en périphérie. Dans les deux cas, la règle a d'abord été appliquée avec fermeté avant de devenir une habitude partagée.

Au Tchad, le port du casque est annoncé à plusieurs reprises depuis 2004, mais la règle n'a jamais été appliquée de façon durable. Cotonou et Ouagadougou montrent qu'il faut d'abord de la fermeté pour installer l'habitude. Mais au bout du compte, le casque ne se porte pas pour échapper à l'agent : il se porte pour sa vie et pour celle de ses proches.